« Carton, matière à graver » de Gwenola Le Cloirec (commissaire-priseur)

Article paru dans « VU et LU pour vous », rubrique du site de Manifestampe  https://vuetlu.manifestampe.com/

« Carton, matière à graver » au Château des Tourelles, 19 rue de la Maréchale 94420 Le Plessis Trévise
Du 5 mai au 6 juin 2017

 » L’association « Carton Extrême Carton » nous invite à pousser les portes du château des Tourelles au Plessis-Trévise du 5 mai au 6 juin pour découvrir un ensemble d’œuvres sur papier ou tissu de quinze artistes français ou étrangers réunis autour d’un fil conducteur : le carton comme matrice d’estampe.

Matière artistiquement recyclée

Briques de lait, boîtes pliables, carton à bouteille de vin, carton récupéré, carton lissé, carton déchiré, le choix offert par ce matériau plus souvent synonyme de rebut est ici exploité comme matrice au service de l’estampe. Il devient le cœur de cette dernière.

Chacun des artistes invités s’est prêté à l’exercice, pas toujours évident. Ils reconnaissent ici sa place de « matière à graver» et réussissent à nous surprendre par la diversité de rendus et de questionnements artistiques que permet cette pratique. Il est vrai que dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on parle de matrice d’estampe, la plaque de cuivre ou la pierre lithographique nous viennent plus communément à l’esprit.

Château des Tourelles

Les Château des tourelles, ancienne demeure bourgeoise, est un espace clair et lumineux dont le jardin termine la visite de façon plaisante. A l’intérieur, la scénographie est agréablement rythmée. Les artistes se côtoient et se répondent sans se confronter brutalement. Chacun peut ainsi nous faire découvrir son univers. Si Éric Foumestraux s’est très bien approprié l’imposante cheminée en bois sculpté du rez-de chaussée, Julien Mélique à quant à lui, à l’étage, investit les lieux de façon amusante. Il donne une touche de modernité en incluant le spectateur dans l’espace tant à par la mise en scène des œuvres choisies que par les sujets qu’il aborde.

4 www Eric - copie  Éric Foumestraux, au rez-de-chaussée

Un parcours créatif

Au fil de l’exposition, le visiteur est amené à découvrir ou redécouvrir le carton au cœur de l’estampe. Et à ce jeu Dominique Moindraut nous surprend par des couleurs profondes et intenses dans le rendu de ses estampes à partir d’une matrice carton. La vivacité des verts, rouges ou jaunes atteste une maîtrise de la technique de l’encrage par cette artiste. Certains puristes pourront être étonnés en s’approchant des estampes de Michèle Atman qui, par sa maîtrise de la taille-douce sur une matrice carton, retrouvent dans leur rendu la finesse d’une gravure sur métal. Dans les œuvres choisies pour cette exposition, elle nous emmène dans des contrées lointaines et nous invite au voyage. La douceur des pièces de Manon Denis contraste avec les réalisations de Léon Garreaud de Mainvilliers qui ne sont pas sans nous rappeler l’utilisation du carborundum par Antoni Clavé. Et là encore, ces artistes nous démontrent la pluralité de rendus qu’offre le carton. Joëlle Dumont joue la carte de matrice carton en partant d’une même forme qu’elle réemploie dans différents sens et différentes couleurs. Dans leur cabinet de curiosités, Pascale Simonet nous montre la profondeur et la maîtrise de l’encrage de la matrice carton au service d’un questionnement entre abstraction et narration auxquelles Roser Sales Noguera répond par un monde végétal en teintes pastel. Les structures d’Isabelle Béraut, les architectures de Rosa Burdeos, les cartons sculptés de la sculpteure graveure Tatjana Labossière, les mystérieuses cartes d’Anne Paulus ou les émouvants tressages d’Ana Sartori présentés au sol participent à replacer la matrice carton dans la création artistique des estampes face aux matrices plus traditionnelles.

5 www B77A5338_10x15 - copie

                                                     Salle 1er étage de l’exposition

C’est un pari réussi pour cette exposition « Carton, matière à graver » organisée par l’association « Carton Extrême carton » qui veut de nous montrer que le carton est une matière à graver à part entière. Elle nous incite par la même occasion à vouloir prolonger l’expérience en frappant à la porte des ateliers de ces graveurs. »

 

 

« Éloge du carton » paru dans la LETTRE de GRAVIX du 21 janvier 2017 par Christine Moissinac (Présidente de Gravix)

ÉLOGE DU CARTON , présenté par l’association Carton Extrême Carton, chez Manifestampe, 5 rue Pierre Sémard 75010

 

 » Faire l’éloge d’un support plutôt que celui d’une technique est une initiative intéressante. Le carton donc, mais il y a carton et carton, et bien sûr manière et manière d’utiliser chaque sorte de carton… Si bien que l’ensemble des œuvres exposées par 4 artistes membres de l’association et 9 invités, témoignait d’une grande diversité, de factures, de thèmes, de matières, de couleurs … On peut donc presque tout faire avec du carton, taille douce comme taille d’épargne ! Et ce constat est réjouissant car un support peu coûteux est un atout pour de jeunes artistes. Nous avons revu avec plaisir les fortes compositions de D. Moindraut, les espaces parfois mélancoliques de M. Atman, les abstractions sévères de P. Simonet. Mais la découverte fut les deux figures sans concession, et même tragiques de Julien Mélique, en particulier son Pinocchio vieilli. Qu’en est-il en effet de ce gentil petit garçon toujours en quête d’un père quand les ans ont passé ? L’artiste le voit amer, sur la défensive, serrant d’une main ferme de quoi se défendre. »

Numériser gravix

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